Aller au contenu
ÉCONOMIE1 source8 min de lecture

Masculinisme et féminisme : le « clash » des algorithmes

Illustration — Économie
Le métro du côté de Bercy.jpg — besopha, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Service d'information du Gouvernement — Licence Ouverte / Etalab 2.0. Publication d'origine, 5 août 2026.

Agrégé automatiquement — Responsable de publication : — Mis à jour le

L'essentiel

  • « Masculinisme » était le mot le plus recherché en 2025 sur le Dico en ligne du Robert.
  • Selon le Rapport annuel 2026 du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, 75 % des femmes de 15 à 24 ans estiment qu’il est désavantageux d’être une femme dans la société actuelle, contre 54 % des femmes au global.
  • Chez les jeunes hommes, le ressenti est tout autre : 60 % sont convaincus que les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir qu’eux, et 39 % estiment que le féminisme menace leur place dans la société.
  • En 2025, le Gouvernement s’est par ailleurs associé au média Simone pour sensibiliser les jeunes sur ce sujet.

Phrases relevées telles quelles dans le texte officiel reproduit ci-dessous (Service d'information du Gouvernement, Licence Ouverte / Etalab 2.0).

Texte officiel intégral

Ci-dessous, le corps complet de la publication de Service d'information du Gouvernement, reproduit sans modification. La Licence Ouverte / Etalab 2.0 en autorise expressément la reproduction, à la seule condition d'en mentionner la paternité.

D’un côté, une virilité de synthèse vendue dans des vidéos de trente secondes. De l’autre, des décennies de combat féministe prises pour cible. Entre les deux, des millions de Français qui assistent sans le savoir à une guerre d’influence algorithmique. Comment l’État peut-il peser sur ce débat et favoriser le vivre-ensemble ?

Cet article est paru dans l'édition 2025 de Médiascopie d'un pays

Depuis plus de vingt ans, le SIG analyse les grands sujets qui marquent l’année médiatique. Anglée sur « la bataille des imaginaires », l’édition 2025, réalisée en partenariat avec le média Views, offre, en plus d’un retour sur les temps forts de l’année, une approche prospective des courants qui traversent la société française.

« Masculinisme » était le mot le plus recherché en 2025 sur le Dico en ligne du Robert. Le phénomène, lui, est bien plus ancien. Pour l’historienne Christine Bard, spécialiste de l’antiféminisme, les vagues de résistance aux avancées des femmes sont presque aussi anciennes que le féminisme lui-même.

« Les plateformes ont néanmoins transformé la question des genres : elles en ont fait un marché, capable d’atteindre et d’impacter durablement les plus jeunes générations à une échelle et une vitesse inédites », observe Laura Verquere, docteure en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lille.

Ce regain ne surgit pas de nulle part. Dans les sociétés traversées par des crises économiques, politiques et identitaires, les imaginaires d’ordre, d’autorité et de restauration refont surface. Le masculinisme en est un symptôme : il propose à des hommes en quête de repères une réponse simple à leurs frustrations, en désignant les avancées des femmes comme responsables de leur mal-être. Ce mouvement de résistance aux acquis féministes, la journaliste Susan Faludi l’avait théorisé dès les années 1990 sous le nom de « backlash ». Un phénomène qui se réactive à chaque moment de bascule.

Une idéologie amplifiée par les réseaux sociaux

Derrière ces courants de pensée, une architecture idéologique commune. « Le masculinisme recouvre un large spectre d’idées partageant un socle commun, explique la chercheuse. L’égalité entre les genres serait déjà acquise, les revendications féministes seraient donc vaines. Certains vont plus loin, estimant que les avancées des femmes auraient même provoqué un renversement défavorable aux hommes. »

Aux franges les plus radicales, les incels (ou célibataires involontaires) attribuent leur malheur aux femmes. D’autres, comme les pickup artists, prônent au contraire le travail sur soi, la performance, le contrôle corporel pour reprendre le contrôle sur les femmes. Des approches opposées, mais qui se nourrissent souvent d’isolement, d’un sentiment d’invisibilité et de la difficulté à trouver sa place dans la société (« Le petit carré solitaire : incels, isolement et photos-avatars comme toile politique numérique », Ozan Félix Sousbois, Ethnologie française, 2025). « Au-delà de l’idéologie, les influenceurs masculinistes vendent une cause et un coupable. Une explication simple et immédiate, qui désigne les femmes comme responsables là où les causes de leurs souffrances sont ailleurs », explique la chercheuse.

Les personnes qui véhiculent ces messages sont pourtant bien moins nombreuses qu’il n’y paraît. « Les recherches montrent qu’en France, il n’y aurait qu’une centaine de comptes à alimenter activement la manosphère, dit Laura Verquere.

Mais leur audience, elle, est bien plus étendue. La polarisation génère de l’engagement, de la visibilité et, par ricochet, des revenus. » Les contenus clivants sur le genre ne font pas exception à la règle : comme tout sujet polarisant, ils circulent bien davantage que les analyses nuancées. Les plateformes, dont le modèle économique repose sur le temps d’attention, favorisent naturellement leur diffusion. Jusqu’à créer un effet paradoxal : les féministes ou alliés qui réagissent pour les condamner contribuent eux aussi à les faire remonter. « Une des façons de réduire leur propagation, c’est souvent de ne pas les commenter », rappelle la chercheuse.

« Red Pill » (pilule rouge)

Empruntée à Matrix, la métaphore de la pilule rouge est devenue le symbole d’entrée dans la manosphère. La « prendre », c’est « voir la réalité en face » : celle d’une société qui discriminerait les hommes au profit des femmes.

Face à eux, les « blue pilled », ceux qui n’auraient pas encore ouvert les yeux, restés dans l’illusion d’une égalité de façade. Une dichotomie qui structure la vision masculiniste du monde et alimente le sentiment d’appartenir à une minorité éclairée.

Ce que la guerre algorithmique fait à la société

Les effets de ces discours sur le genre se traduisent dans la façon dont les jeunes perçoivent leur place dans la société. Et c’est chez eux que la porosité est la plus forte.

Selon le Rapport annuel 2026 du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, 75 % des femmes de 15 à 24 ans estiment qu’il est désavantageux d’être une femme dans la société actuelle, contre 54 % des femmes au global. Chez les jeunes hommes, le ressenti est tout autre : 60 % sont convaincus que les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir qu’eux, et 39 % estiment que le féminisme menace leur place dans la société.

Selon une étude OpinionWay pour Sidaction de décembre 2025 (« Les hommes et le masculinisme », OpinionWay / Sidaction, décembre 2025), 51 % des hommes jugent par ailleurs important d’être viril, un chiffre qui monte à 55 % chez les 25‑34 ans. Deux générations qui grandissent côte à côte mais qui n’habitent plus tout à fait les mêmes réalités.

Cette polarisation abîme-t-elle la cohésion sociale ? Laura Verquere préfère rester prudente. Les plateformes amplifient et surexposent les tensions, donnant l’impression d’une fracture totale dans la société. « Mais dans la vraie vie, les individus continuent de se croiser, de se lier, de se construire ensemble. Derrière cet effet d’optique, il y a encore des solidarités très fortes, des sociabilités locales, des associations. Ce tissu-là est plus solide qu’il n’y paraît, et ce serait une erreur de l’oublier », dit-elle.

L'État comme acteur clé du vivre-ensemble

Face à ces dynamiques, l’État s’est saisi du sujet. Déclarée Grande cause du quinquennat depuis 2017, l’égalité entre les femmes et les hommes mobilise l’ensemble du Gouvernement autour de quatre piliers : la diffusion d’une culture de l’égalité dès le plus jeune âge, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, la réduction des inégalités professionnelles et la santé des femmes.

Campagnes de sensibilisation, référents égalité dans les établissements scolaires, dispositifs de signalement en ligne : autant d’outils pensés pour agir en amont, là où la polarisation algorithmique n’a pas encore eu le temps de creuser les écarts.

Laura Verquere identifie des leviers que les politiques publiques investissent déjà. L’éducation aux médias et à la vie affective, relationnelle, et à la sexualité, d’abord. Depuis la rentrée 2025, le programme EVARS est obligatoire dans tous les établissements, de la maternelle au lycée. Il aborde explicitement les notions de consentement et de relations respectueuses, là où les discours masculinistes prospèrent précisément sur leur absence. En 2025, le Gouvernement s’est par ailleurs associé au média Simone pour sensibiliser les jeunes sur ce sujet.

La santé mentale, ensuite, parce que le masculinisme et l’isolement sont profondément liés. « On a tendance à parcelliser les problèmes en les traitant les uns à côté des autres, dit la chercheuse. Mais le masculinisme a un lien direct avec le harcèlement, la santé mentale, le rapport au numérique. » Ce sont précisément ces chantiers que l’État a choisi d’investir, en faisant de la santé mentale la Grande cause nationale 2025 puis 2026.

S’attaquer au masculinisme n’est pas sans risques pour l’État, parce que ces enjeux touchent à l’intime. Les faits parlent pourtant d’eux-mêmes. En juillet 2025, le parquet national antiterroriste a mis en examen pour la première fois un jeune homme projetant un attentat inspiré de l’idéologie incel. Le Sénat, de son côté, documente la convergence croissante entre certains discours masculinistes et des mouvements nationalistes ou populistes. C’est précisément parce que les implications sociales du phénomène sont profondes que l’État ne peut pas se permettre de ne pas agir. Comme il l’a fait autour de la question du consentement, il lui revient de tenir ce rôle d’équilibriste : poser les conditions d’un vivre-ensemble fondé sur l’égalité, sans prétendre dicter les comportements.

Médiascopie d'un pays : édition 2025

Le Service d’information du Gouvernement publie L’Année médiatique, une étude approfondie des grands sujets qui ont rythmé l’actualité de 2025.

Fin du texte officiel repris

Source :Service d'information du Gouvernement, publié le — Licence Ouverte / Etalab 2.0.

Consulter la publication d'originehttps://www.info.gouv.fr/actualite/masculinisme-et-feminisme-le-clash-des-algorithmes

Texte reproduit dans son intégralité. La mention de la source et de sa date de dernière mise à jour est la seule condition posée par la Licence Ouverte / Etalab 2.0 ; elle ne confère aucun caractère officiel à cette reprise et ne vaut ni reconnaissance ni caution de fildactu.fr par l'émetteur.

Sources

1 source (info.gouv.fr — Actualités du Gouvernement). Chaque lien renvoie vers la publication d'origine — le contenu reste chez son éditeur.

D'autres sujets « Conjoncture » — Économie

Comment ce sujet a-t-il été constitué ?

Les publications des sources suivies sur la rubrique Économie sont dédoublonnées par empreinte de titre sur une fenêtre de 72 heures, puis regroupées lorsqu'elles couvrent le même événement. Le compteur indique combien d'émetteurs distincts l'ont traité.

Le texte encadré plus haut est le corps de la publication de Service d'information du Gouvernement, repris dans son intégralité et sans modification. La Licence Ouverte / Etalab 2.0 sous laquelle cet organisme diffuse ses informations concède « un droit non exclusif et gratuit de libre réutilisation », dont celui « de la communiquer, la reproduire, la copier » et « de l'exploiter à titre commercial », sous la seule réserve d'en « mentionner la paternité » — la source et la date de dernière mise à jour, portées en tête et en pied du texte, avec le lien vers l'original. La mise en page — chapô détaché, intertitres, sommaire — est de fildactu.fr ; les mots sont ceux de l'émetteur, et pas un n'a été ajouté, retiré ni reformulé. Pour la presse et pour toute source sans autorisation vérifiée, fildactu.fr ne conserve que le titre tel que publié, le nom de l'éditeur, le lien d'origine et la date.

Où ce sujet est-il rangé ?