Narcotrafic : « la création du Pnaco est un changement d’échelle »

Service d'information du Gouvernement — Licence Ouverte / Etalab 2.0. Publication d'origine, 24 juillet 2026.
L'essentiel
- La vocation à traiter les très grands dossiers de criminalité organisée en lien avec les juridictions interrégionales spécialisées (JIRS) existe en France depuis 2004.
- Depuis 2004, il y a les JIRS, les juridictions interrégionales spécialisées : huit juridictions réparties sur le territoire, qui ont une vraie expertise sur la criminalité organisée locale et régionale.
- En 2019, il y a eu la création de la Junalco, une juridiction nationale.
- Les saisies de cocaïne ont progressé de 58 % en 2025.
Phrases relevées telles quelles dans le texte officiel reproduit ci-dessous (Service d'information du Gouvernement, Licence Ouverte / Etalab 2.0).
Texte officiel intégral
Ci-dessous, le corps complet de la publication de Service d'information du Gouvernement, reproduit sans modification. La Licence Ouverte / Etalab 2.0 en autorise expressément la reproduction, à la seule condition d'en mentionner la paternité.
DÉCODAGE. Vanessa Perrée pilote le nouveau parquet national dédié à la lutte contre les réseaux de criminalité organisé (Pnaco). Procureure nationale anticriminalité, elle détaille le rôle de coordination inédit de son institution et revient sur les nouveaux outils issus de la loi contre le narcotrafic.
Vanessa Perrée
Face au narcotrafic, l'État mobilise de nombreuses institutions : police, gendarmerie, douanes, renseignement, justice... En tant que procureure nationale anticriminalité organisée, quel est votre rôle dans cette architecture ?
La vocation à traiter les très grands dossiers de criminalité organisée en lien avec les juridictions interrégionales spécialisées (JIRS) existe en France depuis 2004. Mon rôle, en tant que procureure nationale du Pnaco, est de prendre en charge les affaires les plus importantes et, surtout, d'assurer la coordination entre les différents acteurs judiciaires de la lutte anticriminalité organisée.
Cette coordination se fait en les réunissant régulièrement, dans le cadre de réunions avec les différents parquets : on identifie les dossiers qui ont des liens entre eux, des mises en examen communes, des cibles communes, et on définit qui traite quoi et comment. C'est donc une coordination très opérationnelle et pratique.
Cette coordination se fait aussi à l'international, pour avoir un interlocuteur qui incarne la lutte contre la criminalité organisée, notamment vis-à-vis de nos homologues étrangers.
En quoi le PNACO représente-t-il une avancée concrète par rapport aux dispositifs judiciaires qui existaient avant lui ?
Depuis 2004, il y a les JIRS, les juridictions interrégionales spécialisées : huit juridictions réparties sur le territoire, qui ont une vraie expertise sur la criminalité organisée locale et régionale. En 2019, il y a eu la création de la Junalco, une juridiction nationale. C’est une division du parquet de Paris, pas un parquet autonome avec des effectifs dédiés.
Le Pnaco est un changement d'échelle : c'est un parquet national à part entière, autonome, avec sa propre procureure, ses propres magistrats, ses propres effectifs, exactement sur le modèle du parquet national financier ou du parquet national antiterroriste.
Nous sommes une institution identifiée, qui pilote les dossiers de bout en bout : de l'enquête jusqu'à l'exécution et l'application des peines. Concrètement, ça veut dire qu'on a une équipe pluridisciplinaire inédite : des magistrats bien sûr, mais aussi des officiers de liaison de la gendarmerie, de la police, des douanes, de l'administration pénitentiaire… C'est ce qui nous permet de traiter la criminalité organisée dans toute sa complexité, y compris sa dimension économique et financière, et pas seulement son volet pénal classique.
L’une de vos priorités affichées est de s'attaquer aux flux financiers. Pourquoi cette approche ?
Parce que la criminalité organisée se nourrit de ses profits. Si on se contente d'interpeller des individus et de saisir de la drogue sans jamais toucher à l'argent, les réseaux se reconstituent presque immédiatement : on remplace un dealer, on remplace un chauffeur, mais tant que le capital reste intact, l'organisation survit. Notre conviction, c'est qu'il faut les frapper au portefeuille pour vraiment les démanteler.
Concrètement, ça veut dire que chaque dossier qui arrive au Pnaco est aussi examiné sous l'angle économique : on cherche à identifier les flux, à comprendre comment l'argent circule, où il est investi, dans quels biens il est réinvesti, pour ensuite saisir et faire confisquer ces avoirs criminels.
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Les saisies de cocaïne ont progressé de 58 % en 2025. Qu'est-ce que ce chiffre dit de l'efficacité de la réponse de l'État ?
En fait, il y a une hausse de la production et une arrivée de plus en plus importante de cocaïne sur notre territoire, comme en Europe.
Les saisies de tonnes de cocaïne en France
L'OFAST (l'Office antistupéfiants) a des chiffres précis : 23 tonnes de cocaïne saisies en 2023, 53 tonnes en 2024, et 84 tonnes en 2025.
On est donc bien sur une forte augmentation des saisies. Ce que ce chiffre nous dit, c'est en réalité deux choses. D'une part, il y a de plus en plus de cocaïne qui transite par notre territoire. D'autre part, nos services sont de plus en plus efficaces, puisqu'ils en saisissent de plus en plus.
C'est aussi un point d'attention et une nécessité de coopération internationale, dans la mesure où la production de cocaïne et de cannabis ne se fait pas sur notre territoire : c'est en agissant à la source, avec nos partenaires étrangers, que l'on pourra durablement enrayer ce phénomène.
Quels sont les outils que vous apporte la loi du 13 juin 2025 et qui changent le plus concrètement votre travail au quotidien ?
Cette loi nous a donné des techniques spéciales d'enquête supplémentaires et a permis d'augmenter les peines encourues pour certaines infractions, notamment le fait d'entraîner des mineurs dans le trafic de stupéfiants.
La loi a créé une infraction de participation à une organisation criminelle, qui nous permet d'incriminer des personnes ayant participé de manière logistique à des activités criminelles, par exemple en aidant des criminels à commettre des infractions.
Enfin, elle a donné à d'autres services de l'État des moyens importants : la possibilité, pour les préfectures, de fermer administrativement des commerces qui vivent du narcotrafic, ainsi que la création de quartiers de lutte contre la criminalité organisée dans les prisons françaises, permettant de regrouper les narcotrafiquants et les criminels les plus dangereux dans des quartiers de détention soumis à un régime spécifique.
Cette loi aligne certains régimes de peine des narcotrafiquants sur ceux des terroristes. Qu’est-ce que cela change dans la capacité de l'État à démanteler les réseaux ?
Cette loi a surtout permis la création d'un juge de l'application des peines dédié à la criminalité organisée. Il y en a un à Paris, qui va suivre l'exécution des peines prononcées par le Pnaco. Et dans chaque juridiction interrégionale spécialisée, il y aura également un juge de l'application des peines spécialisé, sur le même modèle que ce qui existait déjà pour le terrorisme, avec un juge d'application des peines dédié à ce contentieux à haut risque.
Nous avons donc désormais, pour la criminalité organisée, l'équivalent de ce qui existe pour le terrorisme : des juges spécialistes qui vont s'occuper de l'exécution des peines des narcotrafiquants, avec une vraie continuité entre le jugement et l'exécution de la peine, ce qui renforce la fermeté et la cohérence de la réponse pénale.
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Vous avez dit que « le trafic de stupéfiants irradie tous les domaines, de la santé à la diplomatie ». Comment cette réalité oriente-t-elle la stratégie judiciaire de votre parquet ?
Quand je dis cela, je veux dire que le trafic de stupéfiants a des enjeux évidents en matière d'ordre public, mais aussi des implications diplomatiques, liées à la nécessité d'une coopération internationale. Il concerne aussi l'armée : il nous arrive, par exemple, que la marine française arraisonne des bateaux chargés de stupéfiants. De nombreuses administrations sont donc concernées.
À partir de ce constat, l'important pour un parquet national anticriminalité organisée, c'est d'abord d'avoir en son sein des représentants des différentes administrations, pour faire le lien et permettre à tout le monde de travailler ensemble de manière coordonnée. Et ensuite, de rester ancré dans la société, en gardant des liens avec les partenaires publics et privés : les ports, les aéroports, La Poste, etc., qui peuvent eux aussi être touchés par ces trafics.
C’est d’ailleurs aussi l’approche du plan interministériel de lutte contre le narcotrafic porté par le Premier ministre avec tous les ministères.
Les réseaux criminels recrutent de plus en plus tôt, parfois dès 12 ou 13 ans. Qu’apporte la loi du 13 juin 2025 pour démanteler ces mécanismes de recrutement et protéger les mineurs de l'emprise des organisations criminelles ?
La Protection judiciaire de la jeunesse met en place des groupes et des méthodes spécifiques pour faire de la prévention auprès des mineurs. Bien entendu, nous traitons ces mineurs comme des mineurs, et non comme des majeurs auteurs des mêmes faits, mais force est de constater que nous sommes confrontés à des mineurs de plus en plus jeunes, impliqués dans de très grands trafics. Ils sont souvent recrutés sur les réseaux sociaux, pour des sommes dérisoires, et amenés à commettre des faits de plus en plus graves.
Je pense que l'essentiel, c'est de mener des campagnes de prévention, pour dire aux mineurs : attention à ce dans quoi vous vous engagez. Ce n'est pas de l'argent facile et une vie tranquille qui vous attend, c'est le trafic de stupéfiants, la violence, le risque de menaces sur vous et sur vos proches, une vie qui n'a rien à voir avec l'image rêvée du narcotrafiquant que peuvent véhiculer les séries par exemple.
Par ailleurs, dans les peines que nous pouvons prononcer, nous tenons compte de la personnalité de la personne, de son éventuelle addiction et, bien sûr, de son âge. Cela est ensuite pris en compte dans le parcours d'exécution de la peine : comment la personne va être accompagnée, comment elle va être soignée, et comment on va faire en sorte qu'à sa sortie de détention, elle ne replonge pas dans la criminalité.
Fin du texte officiel repris
Source :Service d'information du Gouvernement, publié le — Licence Ouverte / Etalab 2.0.
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