Le pari du collectif pour mieux produire sur l’île

Ministère de l'Agriculture — Licence Ouverte / Etalab 2.0. Publication d'origine, 2 octobre 2026.
L'essentiel
- C’est un enjeu stratégique. » L’île compte environ 4 300 exploitations, dont chacune couvre en moyenne 1,4 hectare, et près de huit sur dix sont considérées comme des micro-exploitations.
- L’agriculture mahoraise repose aujourd’hui sur une population majoritairement vieillissante : en 2020, l’âge médian et moyen des exploitants s’élève à 57 ans, et 59 % d’entre eux sont âgés de 55 ans ou plus.
- Seuls 5 % d’entre eux ont reçu une formation.
- Les femmes jouent un rôle essentiel : elles représentent près de 48 % des exploitants, un chiffre nettement supérieur à la moyenne nationale (26 %).
Phrases relevées telles quelles dans le texte officiel reproduit ci-dessous (Ministère de l'Agriculture, Licence Ouverte / Etalab 2.0).
Texte officiel intégral
Ci-dessous, le corps complet de la publication de Ministère de l'Agriculture, reproduit sans modification. La Licence Ouverte / Etalab 2.0 en autorise expressément la reproduction, à la seule condition d'en mentionner la paternité.
À Mayotte, département français au coeur de l’Océan Indien, une grande partie de l’agriculture est familiale, peu équipée, voire souvent sans existence déclarée. L’Union des coopératives agricoles de Mayotte (Ucoopam), dont le bâtiment a été inauguré en mars 2026, vise à structurer le tissu agricole de l’île, à favoriser des pratiques vertueuses, et à rapprocher les producteurs des consommateurs mahorais. Un pas important pour améliorer la souveraineté alimentaire de l’île.
Chaque matin, les producteurs arrivent devant le quai avec leurs caisses de bananes, papayes, manioc ou gombos. Les fruits et légumes sont triés, stockés en chambre froide dans le bâtiment, puis répartis dans les camions qui partiront livrer supermarchés, restaurants ou cantines de Mayotte. Quelques années plus tôt, une telle organisation semblait encore difficile à imaginer sur l’île.
Ucoopam, c’est une partie de la réponse aux difficultés structurelles de l’agriculture mahoraise. « À Mayotte, une grande partie de l’agriculture est vivrière, peu équipée, peu accessible par les transports », expose Bastien Chalagiraud, directeur de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF) de Mayotte. « En conséquence, l’alimentation des Mahorais est largement importée : de nombreux légumes viennent de l’Union europénne, les agrumes d’Afrique du Sud… Pour que la production locale se développe, il faut des lieux adéquats. C’est un enjeu stratégique. »
L’île compte environ 4 300 exploitations, dont chacune couvre en moyenne 1,4 hectare, et près de huit sur dix sont considérées comme des micro-exploitations. L’agriculture mahoraise repose aujourd’hui sur une population majoritairement vieillissante : en 2020, l’âge médian et moyen des exploitants s’élève à 57 ans, et 59 % d’entre eux sont âgés de 55 ans ou plus. Seuls 5 % d’entre eux ont reçu une formation. Les femmes jouent un rôle essentiel : elles représentent près de 48 % des exploitants, un chiffre nettement supérieur à la moyenne nationale (26 %).
Une centaine de producteurs adhérents
En fonctionnement depuis le mois d'octobre 2025, le bâtiment de l’Union des coopératives agricoles de Mayotte accueille six structures agricoles. On y retrouve la filière fruits et légumes, la filière laitière – dont le projet de laiterie, sur le site, doit voir le jour bientôt –, mais aussi le chocolat et le café, la vanille et les épices, ainsi que le matériel agricole et les semences. La coopérative réunit environ une centaine de producteurs adhérents.
« La plateforme voit passer environ deux tonnes de produits par jour », explique Laurent Guichaoua, président du directoire et lui-même producteur de fruits et légumes, qui a été l’un des artisans de ce projet. « À Mayotte, nous sommes un peu loin de tout. Ce sont surtout des toutes petites entreprises agricoles, qui n’ont pas assez de moyens pour investir seules, importer du matériel, des semences, négocier avec les supermarchés… Grâce à la coopérative, on achète et on distribue en commun. On est plus fort ensemble ! »
- 4,9 millions d'euros d'investissement dont 4,4 M€ d'aides européennes (Feader, Posei)
Créer des synergies
Le bâtiment inauguré en mars 2026 offre aux adhérents un quai de réception des produits, des chambres froides, des espaces de stockage, des dispositifs de contrôle qualité, un magasin de vente directe, mais aussi des salles de réunion : « Chaque entité dispose de bureaux, se réjouit Laurent Guichaoua. C’est animé, ça circule dans tous les sens, ça crée des synergies, ça permet de mettre en commun des compétences. »
Pour les agriculteurs mahorais, la plateforme Ucoopam est un outil qui permet de franchir un palier. « C’est un aboutissement, selon Laurent Guichaoua, mais aussi un point de départ pour professionnaliser le métier, le rendre moins pénible, et aller vers plus de diversification du verger mahorais. »
Répondre à la demande en produits de qualité
Côté vente, la nouvelle coopérative permet de mieux répondre à la demande des consommateurs de l’île. « Il y a une demande des habitants pour des produits sains et tracés, notamment en réaction à l’usage excessif de produits phytosanitaires dans l’agriculture informelle, la vente en bord de route », expose Bastien Chalagiraud. « Or, pour fournir des produits de qualité, il faut des preuves de traçabilité, des agriculteurs identifiés, une organisation maîtrisée. »
Pour rejoindre le collectif, les futurs adhérents doivent donc disposer d’un numéro Siret, être affiliés à la Mutualité sociale agricole et posséder le Certiphyto, qui garantit qu’ils ont été formés à l’usage des produits phytosanitaires. Le minimum pour redonner confiance aux consommateurs mahorais dans les productions locales.
Aujourd’hui, Ucoopam rassemble une centaine d’agriculteurs. C’est une vitrine attractive : depuis l’ouverture du site, Laurent Guichaoua et les équipes reçoivent environ 15 demandes d’adhésion par mois. Plusieurs projets sont dans les cartons : intégrer des pépiniéristes, transformer davantage (chou ou papaye râpée, chips, yaourts aux fruits, à la vanille…), renforcer la communication. La dynamique est favorable, même si la prudence reste de mise. « On construit des filières, mais cela reste fragile au niveau des exploitations », met en garde Laurent Guichaoua. « Les jeunes sont peu formés, le renouvellement des générations n’est pas du tout acquis. ».
Faible superficie, relief et climat difficiles, forte dépendance à l’égard d’un petit nombre de produits… Les régions « ultrapériphériques » de l’Union européenne, comme Mayotte, font face à de nombreux obstacles dans leur développement agricole. Le programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (Posei) vise à soutenir l’agriculture dans ces territoires, à tous les niveaux : soutien à l’approvisionnement en denrées essentielles, aides pour favoriser les filières locales, du champ aux rayons des supermarchés…
En 2024, le budget du Posei pour la France s’élève à 338,4 millions d’euros, dont 278,4 millions d’euros de crédits européens (Feaga) et 60 millions d’euros de crédits nationaux destinés aux mesures de diversification. Les régions concernées par le programme sont la Guadeloupe, la Guyane française, la Martinique, La Réunion, Saint-Martin et Mayotte pour la France, les Açores et Madère pour le Portugal, et les îles Canaries pour l’Espagne.
Fin du texte officiel repris
Source :Ministère de l'Agriculture, publié le — Licence Ouverte / Etalab 2.0.
Consulter la publication d'originehttps://agriculture.gouv.fr/le-pari-du-collectif-pour-mieux-produire-sur-lile
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