La fraise française tient sa revanche

Ministère de l'Agriculture — Licence Ouverte / Etalab 2.0. Publication d'origine, 2 octobre 2026.
L'essentiel
- Avec environ 60 000 tonnes de fraises produites chaque année, pour une consommation nationale de 120 000 tonnes 2, la filière française assure désormais près de 50 % de souveraineté alimentaire.
- Nous pouvons produire de la fraise française de mars aux premières gelées, en novembre. » Si le Sud-Ouest concentre à lui seul 50 % du volume national, la production bretonne progresse, suivie par le Sud-Est.
- En 1993, le marché unique de l’Union européenne est mis en place ; le modèle espagnol déferle.
- Avec des exploitations de 500 hectares, une culture de plein champ et une main-d'oeuvre à bas coût, la péninsule ibérique casse les prix.
Phrases relevées telles quelles dans le texte officiel reproduit ci-dessous (Ministère de l'Agriculture, Licence Ouverte / Etalab 2.0).
Texte officiel intégral
Ci-dessous, le corps complet de la publication de Ministère de l'Agriculture, reproduit sans modification. La Licence Ouverte / Etalab 2.0 en autorise expressément la reproduction, à la seule condition d'en mentionner la paternité.
Elles annoncent le printemps. Chaque année, dès le mois de mars, les fraises françaises sont de retour sur les étals, au grand plaisir de leurs amateurs. Difficile d'imaginer que trente ans plus tôt, ce petit fruit traversait une crise profonde… Xavier Mas, président de l’association d'organisations de producteurs nationale (AOPn) Fraises et Framboises de France, dresse les contours de cette revanche couleur rouge, boostée au collectif et à l’innovation.
Début juin, à Montpezat, dans le Lot-et-Garonne, l’activité bat son plein. Sur l'exploitation familiale, Xavier et Luc Mas orchestrent la dernière récolte de Gariguette de la saison ; sous les serres, au milieu des plants suspendus, les saisonniers remplissent les barquettes sous l’œil attentif du père et du fils. En l'espace de deux décennies, la filière a opéré un retour en force exemplaire. Une orientation qui continue de façonner le secteur et ouvre aujourd'hui de nouvelles perspectives.
50 % de souveraineté alimentaire
Les chiffres donnent la mesure du chemin parcouru. « La filière a gagné une vingtaine de points de parts de marché en vingt ans », rappelle Xavier Mas. Avec environ 60 000 tonnes de fraises produites chaque année, pour une consommation nationale de 120 000 tonnes 2, la filière française assure désormais près de 50 % de souveraineté alimentaire. Derrière ces volumes, une filière structurée qui œuvre collectivement pour prévoir les récoltes, coordonner des actions de promotion ou dialoguer avec la grande distribution.
Une filière qui n’a pas à rougir
Les schémas d’exploitation ont eux aussi grandement évolué. Presque la moitié des surfaces nationales sont aujourd'hui cultivées hors-sol 3, tandis que les investissements technologiques se poursuivent. « La fraise est devenue une culture de haute technicité. » Pilotage climatique, serres équipées de systèmes de brumisation ou lutte biologique : tout est déployé afin de sécuriser les rendements, éliminer les maladies, surmonter les aléas météorologiques et améliorer les conditions de travail des saisonniers. Illustration à Montpezat, où une nouvelle serre de deux hectares vient d'être mise en service.
Autre atout de cette solidité retrouvée : la complémentarité et la diversité des bassins de production. « Chaque région a sa fraise. C'est ce qui fait aussi notre succès. Les nombreuses régions de production et variétés permettent d'étaler la récolte, explique Xavier Mas. Nous pouvons produire de la fraise française de mars aux premières gelées, en novembre. » Si le Sud-Ouest concentre à lui seul 50 % du volume national, la production bretonne progresse, suivie par le Sud-Est. Cette dynamique collective et technique contraste radicalement avec la conjoncture de la filière trente ans en arrière.
« Nous étions en guerre ouverte »
En 1993, le marché unique de l’Union européenne est mis en place ; le modèle espagnol déferle. « Nous étions en guerre ouverte. L'arrivée massive de fraises espagnoles a tout balayé », se souvient Xavier Mas. Avec des exploitations de 500 hectares, une culture de plein champ et une main-d'oeuvre à bas coût, la péninsule ibérique casse les prix. Pour les structures françaises, plus petites, le choc est considérable. En dix ans, la production nationale s'effondre, chutant de 90 000 tonnes à 30 000 tonnes.
Reprendre le modèle concurrent ? Une impasse. « Nous n’avions ni les surfaces, ni les charges, ni les structures d'exploitation des Espagnols. Imaginez 150 hectares ici, autour de chez moi. Ce n'est pas possible ! » Un virage était nécessaire. « Notre salut résidait dans une rupture stratégique radicale : refuser le volume pour concevoir une offre haut de gamme. »
L'impulsion du changement naît lors d'une réunion de crise organisée par le préfet au lycée agricole de Sainte-Livrade-sur-Lot, où plus de 400 producteurs répondent à l'appel. « Dans l'âme, nous étions tous indépendants, pas forcément très favorables au collectif. Mais nous ne pouvions pas continuer ainsi », admet le représentant de la filière.
Producteurs, coopératives et distributeurs s’accordent. « La première étape était de parler le même langage. » En harmonisant un marché alors riche de 31 variétés. « Un prix seul ne veut rien dire. Il fallait le relier à une variété et à une qualité. » Les professionnels instaurent un système d'agréage commun et imposent une grille tarifaire. Cette dynamique locale préfigure la création, en 2008, de l’AOPn4 Fraises de France.
« Chaque région a sa fraise. C'est ce qui fait notre succès. Les nombreuses variétés permettent d'étaler la récolte. Nous pouvons produire de la fraise française de mars aux premières gelées, en novembre. »
Xavier Mas, président de l’association d'organisations de producteurs nationale (AOPn) Fraises et Framboises de France.
La revanche de la fraise française : le pari du goût
« On a fait un constat relativement simple : si on continuait à produire la même chose que les Espagnols, c'était la fin assurée de notre filière », concède Xavier M as. Dans l’incapacité de rivaliser avec l'Espagne sur les volumes et les coûts, la filière française identifie son levier de reconquête : s’éloigner des standards et des variétés dites « californiennes » – des fraises rondes, fermes, faites pour supporter de longs transports mais aux arômes peu prononcés – et miser sur le goût.
Le porte-étendard de cette revanche s'appelle la Gariguette. Sur le papier, c'est presque un contre-modèle : elle est fragile, moins productive, et elle voyage mal. Mais ses qualités gustatives font toute la différence. Le pari est payant : les consommateurs français la plébiscitent, elle s’installe en tête des variétés les plus appréciées. Pour réduire la dépendance à la seule Gariguette – « miser uniquement sur la même variété, c'est dangereux » –, un observatoire national variétal expérimente les innovations chez les producteurs. Mais le temps agricole est long : « Une nouvelle variété représente dix ans de travail. » Anticiper pour sécuriser l'avenir : c’est tout l’enjeu.
Un fruit cueilli à maturité, livré en magasin en moins de trois jours… Trente ans après la crise, la filière française a trouvé sa voie. En misant sur la qualité, l'innovation et le collectif plutôt que sur la course aux volumes, elle a retrouvé son marché. Reste désormais le défi majeur de demain : adapter ce modèle de haute technicité au changement climatique, sans jamais perdre ce qui fait sa singularité.
1 - FranceAgriMer, 2024. 2 - AOPn Fraises Framboises de France. 3 - Agreste, Graph’Agri 2025, données 2022. 4 - Association d'organisations de producteurs nationale.
Fin du texte officiel repris
Source :Ministère de l'Agriculture, publié le — Licence Ouverte / Etalab 2.0.
Consulter la publication d'originehttps://agriculture.gouv.fr/la-fraise-francaise-tient-sa-revanche
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