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DROIT1 source7 min de lecture

En 1946, la magistrature s’ouvre aux femmes : 80 ans d’histoire et de progrès

Illustration — Droit
Conseil dEtat France.JPG — Juan Antonio Cordero, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Ministère de la Justice — Licence Ouverte / Etalab 2.0. Publication d'origine, 10 avril 2026.

Agrégé automatiquement — Responsable de publication : — Mis à jour le

L'essentiel

  • La loi du 11 avril 1946 marque ainsi un tournant : elle ouvre officiellement les portes de la profession aux femmes.
  • Cet accès est obtenu grâce à leur ténacité, l’aide de quelques hommes et surtout des avocates qui avaient décroché leur propre « laisser-passer » dès 1900.
  • En 1946, il n’y a qu’une femme magistrate en France.
  • Deux raisons à cela : la loi de 1958 qui crée un concours d’accès et offre donc plus d’égalité et l’ouverture de l’École nationale de la magistrature (ENM) en 1972, un « booster » pour les femmes », explique Isabelle Raynaud-Gentil.

Phrases relevées telles quelles dans le texte officiel reproduit ci-dessous (Ministère de la Justice, Licence Ouverte / Etalab 2.0).

Texte officiel intégral

Ci-dessous, le corps complet de la publication de Ministère de la Justice, reproduit sans modification. La Licence Ouverte / Etalab 2.0 en autorise expressément la reproduction, à la seule condition d'en mentionner la paternité.

Magistrate : un nom de métier féminisé entré dans le langage courant. Impensable il y a encore un siècle ! Jusqu’au milieu du XXe siècle, en France, l’accès à la magistrature était interdit aux femmes alors qu’elles pouvaient exercer la médecine depuis 1881. « La justice, historiquement, était un domaine de pouvoir et d’autorité. Elle empruntait à des valeurs dites masculines, contrairement au soin. Mais le mouvement d’après-guerre va permettre aux femmes d’obtenir le droit de vote, d’accéder à certains métiers et de se débarrasser de cette étiquette « d’incapables majeures » que la société leur attribuait », éclaire Isabelle Raynaud-Gentil, magistrate et présidente de l’association Femmes de justice.

Une lente évolution jusqu’à la parité

La loi du 11 avril 1946 marque ainsi un tournant : elle ouvre officiellement les portes de la profession aux femmes. « Une porte physique, celle des palais de justice, mais aussi une porte symbolique : la parole légitime dans l’espace du droit. À présent, les femmes pourront requérir et juger au nom de la société », indique Charlotte Beluet, haute fonctionnaire à l’égalité femmes-hommes et à la diversité du ministère de la Justice.

Cet accès est obtenu grâce à leur ténacité, l’aide de quelques hommes et surtout des avocates qui avaient décroché leur propre « laisser-passer » dès 1900. Débute alors une longue et lente marche vers la parité… « Les femmes sont rentrées sur la pointe des pieds dans ce métier. En 1946, il n’y a qu’une femme magistrate en France. En 1953, on en compte 20. Il faut attendre les années 1980 pour avoir un effet de masse. Deux raisons à cela : la loi de 1958 qui crée un concours d’accès et offre donc plus d’égalité et l’ouverture de l’École nationale de la magistrature (ENM) en 1972, un « booster » pour les femmes », explique Isabelle Raynaud-Gentil.

De la parité à la majorité

La bascule dans la parité se produit en 2002. Aujourd’hui, tous grades et fonctions confondus, la part des femmes dans la magistrature s’élève à près de 72 %. Paradoxalement, un inversement de tendance qui interroge. « Pour quelle raison cette féminisation inquiète quand il ne surprenait personne que nos fonctions soient exclusivement occupées par des hommes pendant des siècles ? Les femmes ne sont ni moins compétentes, ni moins investies que leurs collègues masculins, répond Aline Clérot, procureure au tribunal judiciaire de Cayenne. S'agissant du parquet, autorité de poursuite par excellence, et des fonctions de procureure de la République en particulier, j’ai à cœur de démontrer au quotidien que l'autorité et la fermeté ne sont pas l'apanage de la gent masculine. »

La justice a-t-elle un genre ?

Magistrates du siège (juges) ou du parquet (procureures), en juridiction ou en administration centrale, ces professionnelles de la justice exercent des missions variées : juger, poursuivre, protéger, encadrer… Un engagement quotidien au service des citoyens. En 80 ans, elles ont contribué à faire évoluer les pratiques au sein de l’institution judiciaire. De grandes avancées dans la société sont dues en grande partie à des femmes telles que Simone Veil, Gisèle Halimi ou Christiane Taubira… Mais existe-t-il une manière de rendre la justice propre aux femmes ? « Les magistrates et magistrats ont les mêmes missions et les mêmes responsabilités. Penser que l’exercice serait différent en fonction du genre reviendrait à confirmer des stéréotypes que la formation prodiguée à l’École nationale de la magistrature s’efforce de déconstruire », affirme Nathalie Roret, la directrice de l’ ENM, première femme à ce poste depuis la création de l’école en 1958. « La robe que nous portons est unisexe, rappelle de son côté Isabelle Raynaud-Gentil. Elle met à distance l’homme ou la femme. Celui-ci ou celle-ci ne s’efface pas totalement – la justice est humaine – mais il y a un équilibre à concevoir dans l’acte de juger entre notre humanité et notre impartialité ».

Des défis toujours d’actualité

Quatre-vingts ans après la loi du 11 avril, il n’en reste pas moins des inégalités, notamment pour l’accès aux plus hautes responsabilités. Ainsi, les femmes occupent 43 % des postes de chefs de juridiction en 2026. Cette proportion progresse mais pas aussi vite que la féminisation du corps judiciaire. Difficile de se projeter lorsque les modèles d’identification sont majoritairement masculins. Difficile de combattre le schéma traditionnel où la femme est au centre de la vie familiale et doit faire des choix de vie. Mais rien d’impossible et le ministère de la Justice s’y emploie.

Comment briser le plafond de verre ?

« Nous essayons déjà de mettre en place une politique « d’aller vers ». On va chercher les femmes et on leur dit qu’elles sont légitimes. Nous faisons également des focus sur des procureures, des présidentes de juridiction. Des magistrates ont aussi exhumé de grandes figures féminines comme Charlotte Béquignon-Lagarde, qui ont ouvert le chemin aux autres », indique Charlotte Beluet.

Plus largement, le ministère a signé un accord sur l’égalité professionnelle 2024-2026. « Le but est notamment de prendre conscience qu’on a tous des stéréotypes genrés qui impactent le recrutement, la mobilité, la promotion et faire en sorte de traiter tout le monde de la même façon. On y aborde également l’équilibre vie personnelle et professionnelle et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles », présente Charlotte Beluet.

Des actions dès la formation

D’autres actions concrètes peuvent être citées. À l’ENM, « des magistrats, des responsables d’association ou des psychologues enseignent aux auditrices et auditeurs de justice à distinguer les biais cognitifs et les stéréotypes de genre. En formation continue, les magistrats en exercice suivent des sessions dédiées comme « Stratégie et outils RH au service de l'égalité professionnelle » qui vise notamment à atteindre l’égalité professionnelle en favorisant une culture managériale inclusive au sein des juridictions », indique Nathalie Roret. De son côté, l’association – mixte – Femmes de justice travaille sur les modèles identificatoires et l’autocensure en proposant coaching, mentorat, ateliers de développement, rencontres « pour aider les femmes à s’envisager dans un avenir ambitieux ».

Alors, osez !

Finalement, femmes comme hommes, la Justice a besoin de tous, à tous les postes. Un message à faire passer dès le lycée. « Votre genre, votre origine ou votre parcours ne doivent pas freiner vos ambitions : la magistrature et le service public ont besoin de vos talents pour servir la société », encourage Nathalie Roret. Un conseil appuyé par Aline Clérot : « Ne limitez pas vos ambitions et faites-vous confiance ».

Des femmes d'exception

Qui sont les pionnières de la magistrature en France ? En voici quelques-unes qui ont contribué à écrire son histoire.

  • Charlotte Béquignon-Lagarde : première femme magistrate, installée à la Cour de cassation en 1946
  • Suzanne Régnault-Gousset : première femme lauréate de l’examen d’entrée dans la magistrature en 1946
  • Suzanne Challe : première femme nommée première présidente de cour d’appel en 1978, à Nîmes
  • Nicole Pradain : première femme nommée procureure générale en 1981, à la cour d’appel de Riom
  • Simone Rozès : première femme nommée première présidente de la Cour de cassation en 1984
  • Nathalie Roret : première directrice de l’École nationale de la magistrature (ENM), en poste depuis 2020

Fin du texte officiel repris

Source :Ministère de la Justice, publié le — Licence Ouverte / Etalab 2.0.

Consulter la publication d'originehttps://www.justice.gouv.fr/actualites/actualite/1946-magistrature-souvre-aux-femmes-80-ans-dhistoire-progres

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Sources

1 source (Ministère de la Justice — Actualités). Chaque lien renvoie vers la publication d'origine — le contenu reste chez son éditeur.

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