Échouement du GIRONA sur la Seine : le BEA-TT met en cause le balisage

Le Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre a mis en ligne le 22 juillet 2026 sa note d'analyse sur l'échouement de l'automoteur GIRONA, survenu le 23 janvier 2026 dans le bief de Vives-Eaux, en Seine-et-Marne. Chargé de 950 tonnes de terre, le bateau a heurté un fond rocheux hors du chenal navigable.
L'automoteur GIRONA a heurté le fond rocheux de la Seine en rive gauche le 23 janvier 2026 vers 17 heures, aux environs du point kilométrique 106,800, sur la commune de la Rochette, en Seine-et-Marne. Le bateau remontait le fleuve avec environ 950 tonnes de terre ; le choc a ouvert une voie d'eau à l'avant. Le Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT) n'a pas ouvert d'enquête, mais a produit une note d'analyse, publiée le 22 juillet 2026.
L'événement a été classé « accident très sérieux » par la DRIEAT dans son observatoire de l'accidentalité fluviale, le degré de gravité le plus élevé de ce dispositif. La navigation a été arrêtée vingt-quatre heures, jusqu'au dimanche 25 janvier au matin, immobilisant une vingtaine de bateaux. Après une réparation provisoire à Thomery, le GIRONA a rallié Boulogne-Billancourt pour les travaux définitifs et n'a retrouvé son titre de navigation qu'un mois après les faits.
Un chenal de 42 mètres dont le bord touche presque l'axe du fleuve
Dans ce secteur, la largeur entre berges avoisine 120 mètres et le chenal navigable mesure environ 42 mètres, selon les données transmises par Voies navigables de France (VNF) au BEA-TT. Sa limite en rive gauche se situe à 57 à 60 mètres de la berge. Or le GIRONA naviguait à 45 à 50 mètres de cette berge au moment du heurt : l'échouement s'est produit hors du chenal. Les positions AIS, fournies par VNF au pas de dix secondes, montrent que le bateau en était sorti dès le point kilométrique 107,100, soit 300 mètres avant l'impact.
Le GIRONA croisait alors un autre automoteur, le VORTEX, long de 80 mètres, qui descendait le fleuve. Le BEA-TT estime que le conducteur du GIRONA s'est désaxé pour anticiper ce croisement, tandis que le VORTEX suivait une trajectoire située à gauche de l'axe du chenal, c'est-à-dire dans la partie normalement réservée au sens opposé. Les conditions n'étaient pas défavorables : un débit de l'ordre de 310 m³/s, une cote légèrement inférieure aux 3 mètres qui marquent la crue à la station de Melun, 8 °C et un vent de 16 km/h. Le mouillage garanti dans le chenal est de 3,20 mètres et un relevé bathymétrique de VNF, le 29 janvier, a confirmé cette profondeur.
Des cartes électroniques jamais mises à jour depuis 2011 et 2021
Les deux conducteurs ont déclaré au BEA-TT ne pas savoir situer précisément le chenal dans ce secteur. Les cartes électroniques au standard ECDIS Intérieur mises à disposition par VNF affichent pourtant le chenal et son axe : elles couvrent la Haute-Seine depuis juillet 2021, la Basse-Seine depuis août 2018. Aucun des deux bateaux ne les voyait. Le contrat de maintenance du système embarqué sur le VORTEX n'avait pas été reconduit depuis fin mai 2021. Sur le GIRONA, construit en 1953 et acquis en 2011, le logiciel de navigation était celui installé lors de l'achat, sans vérification depuis.
« Cela semble montrer que, de toute bonne foi, certains navigants ne savent pas où se situe, dans ce secteur, l'axe du chenal et méconnaissent le fait que le chenal est très décentré, au risque que l'un des bateaux force l'autre à un croisement hors chenal. »
Aucun balisage du chenal entre les écluses du bief de Vives-Eaux
Le plan de signalisation transmis par VNF pour le bief de Vives-Eaux, qui court du point kilométrique 101 au 116, ne comporte aucun balisage du chenal, hormis aux deux écluses qui encadrent le bief et au franchissement des ponts. Après l'accident, le gestionnaire a posé une bouée verte entre les points 106 et 107. Le BEA-TT juge cet ajout utile mais insuffisant : un bateau montant a besoin de l'information dès le point 107, juste après le pont ferroviaire du Pet-au-Diable.
Le bureau d'enquêtes rappelle que l'annexe 8 à l'article A. 4241-51-2 du code des transports pose le principe inverse : sur les eaux intérieures, le chenal et les obstacles ne sont pas constamment balisés. L'article R. 4241-52 permet toutefois au préfet de demander au gestionnaire une signalisation adaptée lorsque les données d'accidentologie le justifient. Un chenal très décentré relève selon lui de cette exception.
Six points de balisage promis par VNF d'ici la fin 2026
Dans sa réponse jointe à la publication du BEA-TT, VNF annonce un calendrier.
- Balises flottantes ou panneaux C5 aux points kilométriques 107, 102, 103, 104, 114 et 115 d'ici la fin 2026, soit toutes les sections du bief au chenal fortement décentré ;
- Retour d'expérience ensuite, pour apprécier l'utilité d'une balise tous les 500 mètres plutôt que tous les kilomètres, et étude d'une extension à d'autres sections ;
- Communication sur les cartes ECDIS lors d'une sous-commission locale des usagers de la Seine à l'amont de Paris, au second semestre 2026.
VNF indique par ailleurs que la révision du règlement particulier de police Seine-Yonne, engagée sur près de 500 kilomètres de voie d'eau et treize départements, doit aboutir d'ici la fin 2026. L'établissement soumettra à la concertation l'ajout, à l'article 16 de ce texte, d'une obligation d'embarquer un afficheur de cartes ECDIS Intérieur relié à l'AIS, avec des cartes à jour.
1 Publication source
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