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ÉCONOMIE1 source8 min de lecture

La parole officielle à l'épreuve de l'IA

Illustration — Économie
Le métro du côté de Bercy.jpg — besopha, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Service d'information du Gouvernement — Licence Ouverte / Etalab 2.0. Publication d'origine, 14 août 2026.

Agrégé automatiquement — Responsable de publication : — Mis à jour le

L'essentiel

  • L’alerte enlèvement en offre la démonstration la plus concrète : depuis son déploiement en 2006, les Français ont appris à identifier ce code visuel et sonore parce qu’ils ont été éduqués à le reconnaître.
  • En 2025, la marque État s’est encore étoffée d’un territoire sémantique, puis en 2026 d’un territoire iconographique, pour garantir une expérience cohérente quels que soient les canaux.

Phrases relevées telles quelles dans le texte officiel reproduit ci-dessous (Service d'information du Gouvernement, Licence Ouverte / Etalab 2.0).

Texte officiel intégral

Ci-dessous, le corps complet de la publication de Service d'information du Gouvernement, reproduit sans modification. La Licence Ouverte / Etalab 2.0 en autorise expressément la reproduction, à la seule condition d'en mentionner la paternité.

« Deepfakes », rumeurs virales, documents officiels falsifiés : l’intelligence artificielle (IA) repousse chaque jour ses limites, et nourrit le bruit informationnel. Dans ce flux, comment l’État peut-il agir pour préserver la capacité à distinguer une information officielle d’une autre, fabriquée de toutes pièces ?

Cet article est paru dans Médiascopie d'un pays, édition 2025

Depuis plus de vingt ans, le SIG analyse les grands sujets qui marquent l’année médiatique. Anglée sur « la bataille des imaginaires », l’édition 2025, réalisée en partenariat avec le média Views, offre, en plus d’un retour sur les temps forts de l’année, une approche prospective des courants qui traversent la société française.

Alexandre Alaphilippe

Directeur d’EU DisinfoLab, organisation de recherche spécialisée dans les phénomènes de désinformation en ligne

L’IA ne se contente plus de créer des images, elle fabrique des contre-vérités d’une troublante crédibilité. Faux arrêtés préfectoraux qui circulent sur des groupes WhatsApp, communiqués gouvernementaux falsifiés sur les réseaux X et Telegram, allocutions de ministres truquées : la parole officielle peut désormais être usurpée en quelques minutes. Ce qui relevait hier d’opérations d’influence d’État est devenu accessible à presque tout le monde.

Dans ce climat d’incertitude, les repères se brouillent : 53 % des Français peinent désormais à séparer une vraie information d’une fausse (« L’exode informationnel », Fondation Jean Jaurès / L’ObSoCo / Arte, décembre 2024), et seuls 33 % se sentent capables de déceler une image générée par l’IA (« Les Français face aux deepfakes (hypertrucage) », Ifop / Alucare, mars 2024). « Ce n’est pas une question de naïveté. C’est une limite cognitive face à des outils qui évoluent plus vite que nos repères », explique Alexandre Alaphilippe, directeur d’EU DisinfoLab.

Une parole claire et accessible

Et la tendance n’est pas près de changer. « Dans les années à venir, la capacité à différencier visuellement ce qui est faux de ce qui est vrai va complètement disparaître », tranche le spécialiste. Le comportement des utilisateurs ne facilite pas la distinction : « Aujourd’hui, le citoyen n’est déjà plus capable de se rappeler où il a vu une information. Sur Instagram ou TikTok, il consomme sans regarder la source, partage sans vérifier l’origine. Et s’il ne sait plus d’où elle vient, comment savoir si elle n’a pas été déformée ? »

Un vague logo et quelques codes visuels repris à la communication officielle suffisent à emporter la conviction. L’internaute relaie, croit bien faire, et devient sans le savoir le premier maillon de la chaîne de désinformation.

À cette échelle, le problème dépasse la simple désinformation : c’est le rapport au réel que l’IA reconfigure, et avec lui, la capacité des institutions à être reconnues.

Or les Français ont une attente particulièrement forte envers la parole d’État. « Ils veulent une parole qui soit à la fois au-dessus de la mêlée et accessible, solennelle et humaine. C’est une exigence très forte, et finalement assez unique en Europe », observe Alexandre Alaphilippe. Dans un environnement où tout tend à se ressembler, ce double impératif rend d’autant plus nécessaire la clarté des codes de la communication étatique.

Les codes comme bouclier

Comment l’État peut-il s’assurer que sa parole reste reconnaissable et crédible dans cet environnement ? Pour Alexandre Alaphilippe, « la première réponse n’est pas technologique, elle est doctrinale ». L’alerte enlèvement en offre la démonstration la plus concrète : depuis son déploiement en 2006, les Français ont appris à identifier ce code visuel et sonore parce qu’ils ont été éduqués à le reconnaître.

« En Suède, la logique est poussée encore plus loin : à chaque prise de parole officielle, l’État mobilise les mêmes éléments, une typographie unique, des couleurs invariables, un ton qui ne change jamais. Les citoyens ont intégré ces codes au point que la moindre variation devient suspecte », dit-il.

La France emprunte cette même voie avec une stratégie de marque qui se déploie sur tous les points de contact, en ligne comme hors ligne. Sur le numérique, deux avancées sont obligatoires pour tous les sites et applications mobiles étatiques depuis juillet 2023, l’utilisation d’un nom de domaine en.gouv.fr et l’utilisation du Système de Design de l’État, qui impose sur toutes les interfaces officielles les mêmes repères visuels pour favoriser des services numériques reconnaissables.

À cela s’ajoute FR.AIR, l’identité sonore de l’État, un thème musical inspiré de La Marseillaise, conçu pour signer l’ensemble des communications étatiques et en renforcer la mémorisation. En 2025, la marque État s’est encore étoffée d’un territoire sémantique, puis en 2026 d’un territoire iconographique, pour garantir une expérience cohérente quels que soient les canaux. « L’objectif reste de faire en sorte qu’au moindre doute, le citoyen ait le réflexe d’aller vérifier sur le site officiel et se dire que si l’information n’y est pas, c’est qu’elle n’est pas vraie », résume le spécialiste.

Au-delà de la forme, des outils techniques comme la charte C2PA ou SynthID 'de Google DeepMind) permettent d’apposer sur chaque fichier une empreinte traçant son origine et signalant l’intervention éventuelle d’une IA dans sa fabrication. France Télévisions a adopté la C2PA pour certifier ses journaux télévisés.

L’Europe légifère dans le même sens, imposant à partir d’août 2026 aux fournisseurs d’IA de marquer leurs contenus générés ou modifiés, ce qui devrait accélérer l’adoption de ces standards par l’ensemble des acteurs publics.

La certification des IA

Un angle mort demeure pourtant : que se passe-t-il quand un citoyen interroge ChatGPT sur une politique publique ou une actualité gouvernementale ? L’IA répond, souvent avec assurance, parfois avec des erreurs, sans que rien n’indique sur quelles sources elle se repose.

Une équipe de chercheurs a inventé une maladie fictive, la « bixonimania », et a observé que des chatbots (agents conversationnels) IA la présentaient comme réelle à des patients qui décrivaient leurs symptômes. L’expérience, relayée par Nature (« AI chatbots confidently described a fictional disease to patients » - Nature, avril 2026), illustre un problème structurel : « Contrairement à un moteur de recherche, ces outils ne renvoient pas systématiquement vers des sources identifiées et vérifiables. L’utilisateur obtient une réponse, sans toujours savoir sur quoi elle repose. »

Des pistes existent pourtant. L’Estonie fait figure de pionnière avec Bürokratt, lancé en 2022, un réseau de chatbots publics alimentés par des bases de données gouvernementales certifiées, qui permet aux citoyens d’interagir avec l’État en langage naturel tout en s’assurant que les réponses reposent sur des sources officielles contrôlées et à jour.

En France, des premières expérimentations montrent qu’il est techniquement possible de connecter un LLM* à des bases de données officielles certifiées. C’est le cas d'Albert, une IA souveraine développée par la Direction interministérielle du numérique (DINUM) depuis 2023 et alimentée par les fiches pratiques de service-public.gouv.fr, qui aide déjà les agents publics à répondre aux demandes des citoyens avec des informations vérifiées. Dans le même esprit, le Gouvernement réfléchit à une meilleure centralisation de ses communiqués de presse officiels, afin de renforcer leur traçabilité dans la circulation de l’information.

Un enjeu plus structurel émerge, celui du GEO, ou optimisation pour les moteurs génératifs. Quand un citoyen interroge une IA, celle-ci ne renvoie plus vers une liste de liens : elle synthétise une réponse à partir de sources qu’elle a sélectionnées. Si les contenus officiels de l’État n’en font pas partie, c’est une autre version des faits qui s’impose.

Pour l’État, il ne s’agit donc plus seulement d’être présent sur le web, mais d’être cité, repris et reconnu comme source fiable par les outils d’IA. Tout en veillant à ce que ses informations soient reprises avec fidélité, sans céder à une logique de saturation qui privilégierait la présence à tout prix, au détriment de la sobriété et de la qualité de la parole publique. C’est l’un des chantiers que l’accélération des usages place désormais à l’agenda.

*Un LLM (de Large Language Model, « grand modèle de langage ») est un modèle d’intelligence artificielle entraîné sur d’immenses corpus de texte pour comprendre et générer du langage naturel. Des outils comme ChatGPT, Mistral ou Albert reposent sur ce type de modèle.

Médiascopie d'un pays : édition 2025

Le Service d’information du Gouvernement publie L’Année médiatique, une étude approfondie des grands sujets qui ont rythmé l’actualité de 2025.

Fin du texte officiel repris

Source :Service d'information du Gouvernement, publié le — Licence Ouverte / Etalab 2.0.

Consulter la publication d'originehttps://www.info.gouv.fr/actualite/la-parole-officielle-a-l-epreuve-de-l-ia

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Sources

1 source (info.gouv.fr — Actualités du Gouvernement). Chaque lien renvoie vers la publication d'origine — le contenu reste chez son éditeur.

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